
Présentation de la Coalition Fjord
La Coalition Fjord est un collectif citoyen qui cherche, par-delà les intérêts particuliers, à promouvoir l’intérêt général et la protection du bien collectif que représente le Fjord et la rivière Saguenay. Sa mission est de militer (mobiliser et mener des actions) pour la protection des écosystèmes du fjord du Saguenay, incluant ses bassins versants, ses forêts et ses communautés humaines.
Cette mission s’inscrit dans une vision durable citoyenne de l’occupation socio-économique du territoire, en solidarité avec les autres groupes et individus se mobilisant sur le Nitassinan, notamment les Premières Nations, dans un contexte de menaces à la biodiversité et d’urgence climatique engendrées par les activités humaines.
Notre organisation a tenu des séances d’information et de consultations aux différentes étapes du cheminement de la Table de concertation auprès de nos membres et de plusieurs collectifs locaux situés le long des deux rives du Saguenay.
Nous ne sommes pas des scientifiques, nous sommes de simples citoyens et citoyennes qui exprimons notre point de vue à la lumière des informations obtenues dans le cadre de la Table de concertation et des travaux scientifiques auxquels nous avons accès. Pour plus de détails sur le processus d’analyse de la proposition d’aire marine protégée en amont du Fjord, voir l’article suivant.
Mise en contexte
Le Fjord du Saguenay, ainsi que la portion de la rivière en amont du même nom, est un bien collectif inestimable qu’il importe de protéger afin de perpétuer et de concilier les divers usages qu’en font les générations actuelles et qu’en feront les générations futures.
Depuis des millénaires, le Saguenay forme, avec le Piékuagami et ses affluents, un écosystème au cœur de la vie économique, sociale, culturelle et spirituelle des humains qui le fréquentent et l’utilisent. Il est aussi le foyer d’une grande diversité biologique, parmi lequel certaines espèces menacées, dont le béluga.
Des espèces et des sites à protéger
Le Parc marin Saguenay—Saint-Laurent, qui inclut le Fjord, a un statut d’aire marine protégée. La portion en amont du Fjord, soit la baie elle-même, et également la partie de la rivière depuis l’entrée de la baie jusqu’aux limites de Jonquière, n’a pas ce statut. Elle contient pourtant des frayères et des aires de fréquentation de l’éperlan arc-en-ciel, une espèce proie qui constitue une partie de la nourriture du béluga1, et qui est elle-même en diminution en taille et en nombre selon les récentes recherches. Il est essentiel de mieux comprendre les causes de ce déclin et de mettre en œuvre les mesures susceptibles d’en inverser la tendance. Il en est de même pour d’autres espèces en situation précaire qui ont également été documentées, notamment l’anguille d’Amérique, l’esturgeon noir et l’esturgeon jaune, etc. Le capelan, qui a déjà été abondant dans ce secteur, est maintenant quasi absent. Le secteur en amont du Fjord est déjà considéré par Pêches et Océans Canada comme un refuge marin, statut qui interdit la pêche au chalut à panneau. Il demeure que d’autres mesures complémentaires sont nécessaires pour protéger les espèces en situation précaire de ce secteur, ainsi que leurs aires de fréquentation et de reproduction.
L’aire projetée contient également des sites de fréquentation des oiseaux migrateurs, ainsi que des milieux humides qui jouent un rôle important dans la captation du carbone.
Le secteur de la baie est également le site d’importantes activités de pêche blanche en hiver dont il importe de s’assurer de la pérennité des espèces, notamment par un suivi au niveau de la recherche. Le secteur de La Baie est fréquenté par des navires industriels et de croisière, soit environ 600 passages par année à proximité de la baie, dont les deux tiers dans la baie elle-même. Leur fréquence est appelée à augmenter, vu les projets industriels en cours2. Ces navires sont déjà soumis à une réduction volontaire de la vitesse dans leur passage au Parc marin. Conserver la même conduite pour la petite partie du trajet restant en amont serait naturel et permettrait une observation du trafic maritime de manière à en documenter l’impact cumulatif (bruit, vitesse, déversements) dans le but de pérenniser l’ensemble des usages, tout en préservant la biodiversité des lieux. Cela permettrait de gérer la cohabitation des navires avec les aires de fréquentation de l’éperlan arc-en-ciel qui se trouvent dans la baie, ainsi que les autres activités récréotouristiques, comme la pêche blanche en hiver et la navigation de plaisance en été.
Bar rayé vs éperlan arc-en-ciel
Par ailleurs, un phénomène paradoxal est préoccupant dans le secteur de la proposition d’aire marine protégée : le bar rayé, une espèce en voie de disparition selon Pêches et Océans Canada, s’y trouve en abondance et représente une menace pour les espèces du Saguenay qui entrent dans l’alimentation du béluga, entre autres l’éperlan arc-en-ciel. Le statut d’aire marine protégée offrirait la possibilité d’accorder l’attention que nécessite cette situation et favoriserait également la concertation avec les instances canadiennes, dont Pêches et Océans Canada.
Qualité de l’eau et lutte aux espèces exotiques envahissantes
La préservation de la qualité de l’eau est importante pour la conservation de la biodiversité. C’est ainsi qu’une certaine surveillance des déversements industriels, agricoles et municipaux aiderait à documenter la nécessité, pour l’État, d’investir dans des infrastructures (ex. usines de filtration) ou dans l’éducation aux bonnes pratiques industrielles, agricoles, municipales ou citoyennes.
Le Saguenay n’est pas suffisamment protégé contre les espèces exotiques envahissantes (EEE). Des stations de lavage d’embarcations sont nécessaires, de même qu’une éducation du public. Avec le trafic maritime en augmentation, des précautions sont nécessaires au niveau du déballastage.
Principes et esprit de concertation
Nous adhérons complètement aux principes et à l’esprit convenus à la Table de concertation sur la proposition d’aire marine protégée, soit
- L’esprit de conciliation des divers usages et activités;
- Le partenariat en matière d’acquisition des connaissances entre les acteurs concernés (municipalités, universités, centres de recherche, organisations locales, etc.);
- Une gouvernance collaborative et représentative, qui reconnaît ce qui se fait déjà et qui favorise la coordination des efforts;
- Une gestion adaptative fondée sur les données probantes et le consensus scientifique.
C’est la raison pour laquelle nous appuyons la proposition qui prévoit entre autres d’exclure les sites portuaires actuels et autorisés, de même que les marinas, notamment celle de Chicoutimi. Outre les grandes restrictions qui viennent avec le statut d’aire marine protégée, nous considérons que toute autre restriction, contrainte ou limitation devrait être éventuellement envisagée en respect des principes et de l’esprit définis par la Table de concertation.
Enfin, l’établissement d’une aire protégée en amont du Fjord contribuerait au développement socio-économique durable en favorisant une certaine vigie des activités humaines tout en collectant diverses données sur l’état de la biodiversité, plus spécifiquement les espèces menacées ou celles dont elles dépendent pour leur alimentation, et sur leurs aires de fréquentation ou de reproduction. Ces données sont actuellement insuffisantes et elles sont indispensables si l’on désire que notre joyau collectif, qu’est le Fjord et le Saguenay en général, soit profitable à tous, et en premier lieu pour le maintien de la vie qui s’y trouve.
Élisabeth Côté, Louise Denis, Pierre Dostie
Pour le Comité de coordination de la Coalition Fjord, le 20 mai 2026. coalition.fjord@gmail.com
- L’accès à la nourriture est l’une des trois menaces au rétablissement du béluga, avec le bruit et les contaminants selon le GREMM. ↩︎
- Les projets du Corridor du Nord, de Métaux Black Rock, de First Phosphate et d’Arianne Phosphate qui inclue la construction d’un port supplémentaire sur la rive nord. Selon Robert Micheau du GREMM, toute augmentation du trafic maritime risque d’avoir un impact significatif sur le rétablissement du béluga du Saint-Laurent. D’où l’importance de documenter ses effets cumulatifs, notamment sur les mammifères marins. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2201871/espece-vulnerable-navires-trafic-fjord?partageApp=appInfoiOS&accesVia=partage ↩︎
